Suède: quand alcool rime avec monopole

Et si on parlait d’alcool à l’approche de ces fêtes de fin d’année ?

En Suède, l’alcool est cher et soumis à un monopole d’Etat.

Si vous appréciez passer chez votre caviste le samedi soir pour acheter une bonne bouteille, ou si vous aimez vous arrêter au supermarché pour faire le plein de boissons alcoolisées, la Suède risque de vous surprendre !

Pas de cavistes ici, et dans les supermarchés, vous trouverez au mieux de la bière à 2,5%, et du cidre à la poire. L’alcool ne s’achète que dans les Systembolaget, propriétés de l’Etat, et leurs horaires d’ouverture sont très stricts : 10h-18h du lundi au vendredi, 10h-15h le samedi, et fermés le dimanche. Et les tarifs sont exorbitants ( 2 à 3 fois plus élevés qu’en France).

A la fin du 18ème siècle, on estime que les Suédois buvaient 45 litres d’alcool pur par an et par personne.

En 1830, un médecin suédois, Magnus Huss, introduit l’idée que l’alcoolisme est une maladie.

En 1850, des bars privés ouvrent et permettent d’acheter ou de consommer de l’alcool : ils sont contrôlés par l’État et interdits aux moins de 18 ans, et l’État récupère une grosse partie des recettes.

En 1917, le « système Bratt » est mis en place et gère le rationnement de la vente d’alcool selon la capacité estimée des personnes à « boire raisonnablement » : un achat = un tampon dans un carnet. Et certaines personnes sont tout simplement interdites d’acheter vins et spiritueux. : le sexe, la condition sociale ainsi que des critères de revenus déterminent le nombre de carnets qu’il est possible d’obtenir.

Ce système est aboli en 1955, mais le strict contrôle de la vente d’alcool est maintenu : les Systembolaget sont créés (Photo 3) et obtiennent le monopole sur l’importation, la production, l’exportation et la vente d’alcool.

Avec l’entrée dans l’UE de la Suède en 1995, une nouvelle loi sur l’alcool est entrée en vigueur. Le monopole du contrôle sur la production, l’importation, l’exportation et la vente de gros a été aboli, mais les Suédois ont fermement négocié le maintien du monopole de la vente au détail d’alcool exercé par les Systembolaget.

Passer au Systembolaget est une expérience particulière…  On traverse des rayons où l’alcool est le seul produit vendu, les rayons sont impersonnels, le sol, les murs, tout fait « froid » (Photo 2). On fait la queue à la caisse avec son panier rempli et cela laisse presque une impression de malaise, de culpabilité. Le matin avant l’ouverture, il est fréquent de voir des sans-abris devant les portes closes attendant que la grille monte pour acheter leur maigre ratio du jour.

Le samedi après-midi, juste avant la fermeture à 15h00, de longues files d’attente se forment dans les rues qui ont la chance d’abriter un de ces magasins, car on ne trouve pas de Systembolaget partout ! Il y en a environ 400 en Suède, et Göteborg par exemple, deuxième plus grande ville, n’en compte qu’une douzaine.

(Photo 1) Autant dire qu’il faut se lever de bonne heure pour acheter de l’alcool en Suède !

Mais pour la majorité des Suèdois, l’existence des Systembolaget n’est jamais remise en question. Ils sont habitués à voir ces enseignes, jaunes et vertes, depuis leur enfance, et ils se satisfont de ce système qui permet selon eux de réguler la consommation d’alcool dans le pays.

L’existence d’un monopole d’Etat sur l’alcool en Suède a contribué à forger une culture de l’alcool singulière dans le pays. Alors que traditionnellement le Français, comme l’écrivait avec goût Roland Barthes dans ses célèbres « Mythologies », aime déguster son verre de vin rouge quotidien pendant le repas, le Suédois boit moins régulièrement, mais toujours avec excès.

File d’attente devant le Systembolaget de Sollentuna (Stockholm area)
A l’intérieur d’un Systembolaget – De´cembre 2020
A la caisse du premier Systembolaget – créé en 1955 et réservé aux hommes et classes sociales « supérieures »

Publié par K. BELLATRIX

K. Bellatrix (un pseudonyme, en référence à la constellation d'Orion), est originaire d'un petit village en France. "Les Ténèbres d'Orcus" est son premier thriller, né en Suède, où K. Bellatrix vit depuis plusieurs années.

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